La cinétique des viruries du virus BK peut-elle être utilisée pour prédire la constitution immunitaire suite à une greffe de cellules souche hématopoïétique dans une population pédiatrique ?

Investigateurs 
Dr Laure Pittet
Pr Klara Posfay-Barbe
Dr Eddy Roosnek
Dr Marc Ansari

Date de l'étude :

2012-2013  

Intérêt / But :

La greffe de cellules souches hématopoïétique (HSCT) est une thérapie efficace dans la prise en charge de diverses maladies hématologiques congénitales ou oncologiques. Pour prévenir le rejet par le receveur, un traitement immunosuppresseur est nécessaire suite à la greffe. L'immunosuppression résultante prédispose aux infections et réactivation de certains pathogènes tels que le virus BK.

Le virus BK, virus à ADN de la famille Papovaviridae résidant asymptomatiquement chez plus de 90% des adultes, est l'un des principaux agents responsable de cystites hémorragiques suite à une immunosuppression dans le cadre d'une HSCT. Alors que son activité n'est pas détectable chez la majorité des personnes immunocompétentes, sa virémie augmente fortement suite à une immunosuppression. Sa quantification dans les urines fait partie du suivi des patients post HSCT; un traitement préventif est instauré en cas de virémie élevée. Dans le contexte d'une cystite hémorragique, un traitement antiviral (Cidofovir) est prescrit seulement si le traitement conservateur de soutien (hyperhydratation) n'induit pas d'amélioration.

L'ajustement du traitement immunosuppresseur à la suite d'une HSCT est délicat. Une immunosuppression faible comporte un risque de rejet ainsi qu'une attaque des cellules du donneur contre le receveur (réaction du greffon contre l'hôte, Graft-versus-Host Disease (GvHD) en anglais; une trop forte immunosuppression expose le patient à un risque infectieux élevé. Le défi du clinicien consiste donc à prescrire des doses suffisamment élevées dans un premier temps, mais de pouvoir le plus rapidement possible les baisser, une fois que le système immunitaire s'est reconstitué.

Malheureusement, peu d'outils sont disponibles pour aider le clinicien dans cet ajustement, car aucun paramètre ne permet de mesurer de manière fiable le statut immunitaire du greffé. Ce manque est d'autant plus regrettable qu'en plus de l'ajustement du traitement immunosuppresseur, la prescription de traitements antibiotiques prophylactiques et le calendrier de la revaccination post-greffe sont également dépendants du statut immunitaire du greffé. Le développement de nouveaux outils est donc primordial !

L'intime connexion entre les virus ubiquitaires et le système immunitaire fait de l'analyse des virémies un outil prometteur. Une grande étude prospective multicentrique (Genève et Bâle) pédiatrique et adulte s'intéressant au virus Torque teno (TTV), qui contrairement au BKV n'est pas dosé de routine, est sur le point de commencer. Ce présent projet rétrospectif se place donc comme une sorte d'étude pilote.

Buts de l'étude:

  1. Déterminer si une corrélation entre la virurie BKV et la reconstitution immunitaire existe.
  2. Proposer un seuil de virurie du BKV utilisable en pratique clinique à partir duquel le traitement immunosuppresseur pourrait être diminué.
  3. Evaluer si d'autres facteurs mesurés dans le suivi post greffe permettent de prédire l'avènement de la reconstitution immunitaire.
  4. Rechercher l'existence de facteurs capables de prédire le risque de survenue d'une cystite hémorragique ou d'une cystite hémorragique compliquée.

Déroulement :

Les patients greffés entre 2007 et 2013 dans les services d'hémato-oncologie pédiatrique ont été inclus rétrospectivement et les données ont été récoltées dans leurs dossiers.

Résultats :

La cinétique des titres urinaires du virus BKV est inversement associée à la numérotation lymphocytaire et au taux plasmatique de ciclosporine (traitement immunosuppresseur), mais il existe une grande différence de cinétique inter-individu.

Le petit nombre de patients et la non-standardisation des nombres/timing des mesures de virurie ne permettent pas de trouver des corrélations statistiquement significatives. De manière intéressante, il a été découvert une susceptibilité individuelle concernant la relation entre les viruries et les taux de ciclosporine.

Publication :

Ce projet n'a pas pu être publié, faute de résultat convaincant.

Personnes de contact 

Dr Laure Pittet
Médecin interne
Hôpital des Enfants (Hôpitaux Universitaires de Genève)
Rue Willy-Donzé 6 
1211 Genève 14
laure.pittet@hcuge.ch